Tome 1 : IL - Extrait 1

     Il regardait autour de lui et ne reconnaissait rien. Il venait de quitter un champ de bataille jonché de cadavres et de blessés hurlant, suppliant que quelqu’un vienne et abrège leurs souffrances. Les épées et les lances avaient transpercé leur chair une fois de plus. Et maintenant, il était là, flottant dans l’air, ou du moins ... dans ... quelque chose.

     — Que s’est-il passé ? pensait-il. C’est étrange. Il fait nuit. Combien de temps suis-je resté inconscient ? Je ne respire pas et pourtant il me semble que je suis vivant. Même mon cœur, je ne l’entends ni ne le sens plus battre. Serais-je mort ? Ce serait à ça que ressemble le Grand Passage ?

     Autour de lui, le silence était total. Le calme omniprésent de l’espace. Même les bruits de son corps avaient cessé. Son cœur voulait bien battre, mais il restait figé. Les secondes s’éternisaient comme des heures. Il ne savait pas ce qu’il faisait là, comment il y était arrivé, comment il allait en repartir, ce qui allait se passer, ... il ne savait rien. C’était l’inconnu, le vide ...  

     —Suis-je mort ? Est-ce cela la vie après la mort ? Dialène serait déçu.  

    En cet instant, il pensait à son ami qui lui avait si souvent prodigué de judicieux conseils. Dialène était homme de Dieu alors que lui Arkès était soldat. Malgré leurs nombreuses différences, ils se voyaient très souvent et discutaient parfois de longues heures. Mais pour l’instant, l’endroit où il se trouvait était plus déroutant que tout ce qu’il avait pu imaginer jusqu’ici.  

    Des images étranges lui venaient à l’esprit comme des flashes aveuglants. Des images qu’il ne comprenait pas, remplies d’objets inconnus et de mondes dont il n’avait aucune idée. Elles lui procuraient un furieux mal de tête. Il observait le vide de l’espace et écoutait ce lourd silence. Finalement, après un long moment, une voix se fit entendre.  

     —Bonjour, Arkès. 

    Cette voix venant de nulle part, résonnant de tous côtés, ne lui parvenait d’aucune direction précise. Il se sentait mal à l’aise mais la voix rassurante diminuait sensiblement son oppression.  

     —Qui êtes-vous ? Comment suis-je arrivé ici ? Qu’est-ce qui s’est passé ? ... 

     —Chaque chose en son temps. Sais-tu où tu es ?

     —Euh ... non.

     —Te rappelles-tu quelque chose ?

     —J’ai des images qui me parcourent la tête, mais je ne les comprends pas.

     —Le processus a donc commencé.

     —Quoi ? Qu’est-ce qui a commencé ? C’est quoi un processus ? interrogea-t-il nerveusement.  

     Il avait des milliers de questions à poser et la seule réponse que cette voix lui donnait ne répondait à aucune d’elles.  

     —Chaque chose en son temps, jeune Arkès, renchérit la voix.  

     Arkès s’impatientait, il voulait savoir.  

     —Qui êtes-vous ? demanda-t-il alors plus pressant.

     Un silence pesa longuement tandis qu’il regardait de tous côtés afin de découvrir qui lui parlait.  

     —Je suis toi ! répondit la voix avec flegme.  

     Pourtant, cette voix n’était pas la sienne, c’était évident. Il décida dès lors de la provoquer.  

     —Tu es moi ? Sérieusement, au son de ta voix, j’aurais plutôt envie de dire que tu es ... 

     —Une femme ! C’est exact ... 

     Elle apparut soudainement devant lui, se matérialisant dans le vide. De longs cheveux charbon, des courbes généreuses dans une longue robe rouge moulante. Il se disait que son physique correspondait à sa voix sensuelle et pourtant, il ne se sentait pas du tout rassuré.  

     —Mais, je ne suis pas une femme pourtant. Ce que tu dis n’a pas de sens.  

     De temps à autre, le visage de la femme, si doux et féminin, s’assombrissait et ce qu’Arkès y voyait ne le réconfortait pas ... au contraire. Après un court instant, alors que le guerrier la regardait attentivement, elle poursuivit :

     —En réalité, je n’existe que dans ta tête. Tu m’as créée de toutes pièces.

     —Je, je ... t’ai ..., bégaya-t-il. 

     —Oui, en effet.

     —Quel est ton nom ? parvint-il à murmurer.

     —Un jour, tu me donneras un nom.  

     —Un jour JE te donnerai ..., répéta-t-il sans terminer sa phrase. C’est le monde à l’envers, ça.

     —Tu comprendras plus tard, mais pour l’heure, laissons cela. Il y aura beaucoup d’inconnues pour toi dans les mois voire les années à venir. Pour les comprendre, il te faudra subir un apprentissage dont la durée ne dépendra que de tes capacités.

     —Un apprentissage ? Quel apprentissage ?

     —Tu devras le découvrir par toi-même. Pour l’instant, laisse-moi t’expliquer ce qui va t’arriver et pourquoi.

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