Tome 1 : IL - Extrait 2

     Quand Arkès eut déserté les lieux, quelques heures auparavant, un lourd sentiment de solitude envahit Lynhéa. La petite demeure du guerrier, dépourvue de confort avec pour seul lit une paillasse posée à même le sol, la déprima profondément. Que faisait-elle ici ? Elle regretta un instant de ne pas avoir demandé à Arkès de rester auprès d’elle. Elle aurait aussi pu l’accompagner, mais se retrouver au milieu de tous ses amis et ne pas pouvoir répondre à leurs questions aurait soulevé trop d’interrogations et de méfiance. Elle attendait impatiemment le lendemain où ils se mettraient en route. Sachant qu’ils éviteraient au maximum les chemins trop fréquentés, elle aurait un peu de temps pour s’habituer à la situation.

     Laissant rapidement toutes ces questions de côté, elle décida d’essayer de dormir. Elle aurait besoin de forces pour ce voyage d’un mois. Très vite, son sommeil s’agita. D’intenses cauchemars qui lui semblaient pourtant bien réels vinrent peupler sa nuit ... 

   Une jeune femme marchait paisiblement dans une rue déserte, en ce milieu de journée ensoleillée. Lynhéa la voyait avancer tranquillement, seule, dans la clarté. Elle avait le sentiment étrange de reconnaître cette femme qu’elle avait déjà vue.  

     —Bonjour, Lynhéa, dit soudain une voix proche derrière la jeune étrangère.  

     Au son de cette voix familière la jeune femme ressentit un vif sentiment de peur et la nausée l’envahit.  A l’instant même, Lynhéa sut que cette jeune femme, c’était elle. L’homme lui avait donné son prénom. Participant à la scène sans vraiment y être, elle s’approcha de l’homme. Le sentiment de crainte et de colère qu’elle éprouva à ce moment lui permit de le reconnaître. C’était lui qui l’avait engagée il y a quelques jours pour tuer Arkès.  

     La jeune femme arrêta sa marche et se retourna lentement vers lui. Il était entouré de gardes du corps qui la dépassait de deux têtes, impassibles. Un frisson désagréable lui parcourut l’échine. Elle déglutit avant de pouvoir répondre.

     —Que veux-tu ? articula-t-elle.  

     La jeune femme semblait bien le connaître, mais pas de la même manière que Lynhéa, et ressentait un dégoût profond pour lui. Mais pourquoi a-t-elle aussi peur de lui ? Lynhéa voyait l’effroi de la jeune femme. Pas simplement la peur d’un inconnu qui l’accosterait, mais une crainte beaucoup plus profonde, viscérale, qui donnait envie de vomir.  

     —Oh, mais je crois que tu le sais parfaitement.

   —Je t’ai déjà répondu que ça n’arriverait plus, plus jamais. Il y a des pratiques auxquelles je n’adhère pas. Tu le sais bien.

     C’était elle qui parlait, Lynhéa reconnaissait sa propre voix, et pourtant, elle se sentait étrangère à la discussion. Elle pouvait ressentir tout le malaise de la jeune femme face à cette situation bien inconfortable. Ce n’était manifestement pas la première fois qu’elle rencontrait ce désagréable personnage mais Lynhéa n’arrivait pas à cerner de quoi il parlait exactement ... même si elle en avait une vague idée.  

     —Allons, faisons un bout de route ensemble, peut-être changeras-tu d’avis, dit l’homme d’un ton mielleux en posant son bras sur les épaules de la jeune femme.  

     Une fois encore, un frisson nauséeux la parcourut. Elle se tortilla pour se dégager, mais il la tenait fermement. Elle abandonna l’idée de s’éloigner de lui ... pour l’instant.  

     Lynhéa ne comprenait pas pourquoi cette femme qui était censé être elle, ne se défendait pas. Elle avait peur et ça ne lui ressemblait pas du tout.  

      —Aucune chance, répondit-elle sèchement malgré la peur qui la tenaillait.  

    Dans sa voix, aucun tremblement ne trahissait son état, mais son visage décoloré s’en chargeait.  Soudain, passant devant une ruelle sombre, l’homme fit un signe de tête aux deux gardes du corps et poussa la jeune femme dans leurs bras. Les deux brutes la maîtrisèrent immédiatement, serrant ses bras à lui briser les os. Elle voulut se débattre, mais les hommes étaient trop costauds et elle fut rapidement immobilisée au fond du cul-de-sac.  

     L’homme avançait vers elle d’un pas lent mais décidé. Son visage s’assombrit subitement et ses yeux brillèrent dans l’obscurité de la ruelle. Sans faire le moindre mouvement pour les ôter, ses vêtements s’envolèrent le laissant nu, exhibant fièrement son sexe en érection. Elle se débattait frénétiquement sans succès, les bras et les jambes maintenus par les deux mastodontes. Une terreur sans nom l’envahissait.

     Lynhéa paniquait, elle aurait voulu intervenir, mais était reléguée au rang de spectatrice. Sachant ce qui allait arriver, son cœur s’accéléra, son ventre se noua.  

     Soudain, une voix macabre résonna dans sa tête.

     —Réveille-toi ! Je reviendrai te voir souvent. Maintenant, je sais que tu penseras à moi.

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