Connaissons-nous réellement nos parents ?

La réponse est plus que probablement "non". Car pour la plupart, ils n'en parlent pas ou peu. Et longtemps plus tard alors que nous les avons jugés mille fois pour leurs actes ou leurs paroles envers nous, on en apprend sur eux qui nous retourne. Peut-être faut-il être assez mure pour le comprendre, pour réaliser.

Voici un texte écrit par une personne dont je ne soupçonnais pas la moitié ... ma mère. Elle est née au beau milieu de la guerre, l'avais-je oublié à ce point ?

Comparons un instant notre enfance et notre vie à celle de nos parents ...

 

     "Entre les lignes ...

     De mon école, je me souviens particulièrement, et ce n'est pas toujours avec plaisir, de ma maîtresse du groupe des "grandes". Elle s'appelait sœur Chrétienne et portait très mal son nom car "chrétienne" elle ne l'était qu'avec les filles de parents aisés, mielleuse et opportuniste. Je dois lui concéder qu'elle était une excellente institutrice, juste dans ses cotations et que notre formation de primaire a été complète. Ce qui me dérangeait surtout chez elle c'était son odeur, une odeur de renfermé, de naphtaline, mêlée aux relents de cuisine, imprégnant sa lourde robe noire. Vêtement unique dans son trousseau ? En tout cas elle n'en changeait pas souvent. Elles vivaient à trois religieuses dans la maison mise à leur disposition, de l'autre côté de la cour, sœur Paul, la "maternelle" et cuisinière, sœur Joseph, celle du degré inférieur et la nôtre, la sévère, l'irascible.

     Chaque matin, selon les charges imposées par le calendrier, une élève était chargée, soit de remplir les encriers de faïence plantés, à droite, dans le pupitre, en se tachant régulièrement les doigts, soit de laver le petit tableau des dictées, avec rage car c'était l'appel de la suivante, ou encore d'aller chercher du charbon dans le grand seau adéquat dans la remise à côté des "cabinets". Tâche ardue car cette charbonnière était pesante pour nos bras d'enfant et on arrivait rarement jusqu'à la classe sans se salir les mains et les vêtements. Puis, il fallait ouvrir le poêle rugissant et y verser ces morceaux noirs poussiéreux qui garantissaient notre bien-être de la journée.

     Nous disposions de pupitres à clapet dans lesquels nous rangions nos livres et nos cahiers et, à chaque fois, sans se regarder, mais avec force, nous le clapions rudement attirant une remarque désagréable. Un petit sourire étirait nos lèvres, petite vengeance contre l'autorité. Dans mon plumier en bois étaient rangés un crayon HB2, une gomme, un porte-plume avec sa plume fine pour l'encre bleue et des crayons de couleur. Aussi un fin porte-plume avec sa plume spéciale pour l'encre de Chine. Pas de "bic" ni de stylo, on ne les connaissait pas ou cela coûtait trop cher. Des livres, je n'ai guère de souvenirs, surtout pas de celui de mathématiques car je détestais cette matière. J'étais brouillée à jamais avec les problèmes que je ne comprenais pas et je ne voyais aucune utilité à laisser couler l'eau d'une baignoire puisque je n'en avais pas à la maison. Et pourquoi connaître l'heure de deux trains qui devraient se croiser puisque de toute façon, je ne pouvais les emprunter ensembles !

     Quel plaisir d'entendre la cloche tinter au-dessus de la porte d'entrée ! Chouette, c'est la récré ! ... A condition d'avoir terminé son exercice ou sa page, sinon ... Je retrouvais les amies pour des jeux d'époque : marelle, cache-cache, colin-maillard ou 1,2,3, j'ai vu et, dans la terre battue, nous dessinions des plans de maison où chaque pièce était séparée de l'autre par un petit monticule de terre. Personne n'approche ! Gare à celle qui viendra démolir notre tâche, elle sera mise en quarantaine et personne ne lui parlera pas avant plusieurs jours ... ou quelques heures. Le plaisir était redoublé au printemps et à l'automne car nous pouvions nous ébattre dans le verger voisin. Là, c'était d'autres jeux, plus vigoureux, car les cônes des épicéas bordant la route étaient des munitions de guerre. Et nous galopions aussi sur nos chevaux dans un Far West imaginaire, entre les poiriers et les pommiers, attaquant les bisons et les indiens de la plaine.

   Alors là, nous avions de quoi raconter aux garçons de notre âge qui fréquentaient l'école au milieu du village, attisant leur envie, leur jalousie. Dans cette école, se retrouvaient deux garçons que j'aimais particulièrement : mon frère Jean-Pierre, mon cadet, et mon "amoureux", Guy. Tout le monde était au courant de notre romance et quand je vois ce garçons, les bras bien croisés sur son banc, les yeux dans le vide (référence à la photo qui a inspiré ce texte et que je n'ai malheureusement pas pour la mettre sur le site), j'imagine que cela aurait pu être lui, qui rêve à moi et à notre prochaine rencontre. A ses côtés, sur le même banc d'école, un plus jeune, le crayon en main, la tête tournée, interroge l'horloge et semble la subjuguer pour qu'elle avance plus vite. Peut-il déjà lire l'heure ou connait-il la position de l'aiguille qui lui indiquera onze heure trente, l'heure de la sortie, annoncée aussi par les cloches de l'église sonnant l'angélus ? Devant eux, un gamin bras croisés bien serrés, l'air pincé, les yeux fixes, parait ruminer une prochaine vengeance. A qui est-elle destinée ? A un condisciple ? A son maître ? Gageons que que dans quelques minutes, il sera le premier à se précipiter hors de la classe en criant sa rage ou son soulagement. "


Et vous, connaissez-vous réellement vos parent ?


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